Les fouilles archéologiques de l'ancien site Match

Le site dit de l’ancien Match à Obernai, d’une surface de 1 ha, a fait l’objet d’une fouille archéologique préventive entre les mois d’avril et de juillet dernier, préalablement à un programme de réaménagement urbain. Elle a été réalisée en groupement par Archéologie Alsace et l’Institut National de Recherche en Archéologie Préventive (Inrap). Les vestiges mis au jour à cette occasion s’échelonnent entre les 13e-14e siècles et les années 1960, et ont trait à différents aspects de la vie à Obernai durant cette période : la vie quotidienne, la défense, ou encore l’artisanat et l’industrie.

Le site avant son urbanisation

Plusieurs traces d’activités humaines ont été repérées avant que le site ne soit urbanisé vers les 15-16e siècles. Un bassin alimenté en eau par une rigole et délimité en partie par un assemblage de poteaux horizontaux et de planches verticales, pourrait avoir été utilisé dans le cadre d’une activité de boissellerie. De nombreuses petites pièces de bois (cuilleron, fragments de râteau, fragments de seau, ou encore botte de chanvre ou d’osier) évoquant le travail du boisselier ont été recueillies dans les couches de sédimentation du fond du bassin. Les analyses des restes organiques contenus dans le bassin permettront d’affiner cette hypothèse. Un petit édifice de plan carré, doté de quatre piliers massifs d’angle, incluant des pierres à bossage, a été accolé à ce bassin ; sa fonction demande encore à être précisée.

Des fortifications pour la ville et son faubourg

Un tronçon de l’enceinte extérieure de la ville d’Obernai a été mis au jour au sud-est du site. Elle était formée d’une levée de terre revêtue d’un mur, au pied duquel se déployait un large fossé. Cette enceinte édifiée aux 14e-15e siècles (sa datation demande encore à être précisée) a été renforcée par l’adjonction de contreforts régulièrement espacés, sans doute en réponse au développement de l’artillerie. Les vestiges d’une autre enceinte, inédite et fonctionnant avec la précédente ont été mis au jour. Datée des 15-16e siècles, elle se constituait d’un talus et d’un fossé doté d’une contrescarpe maçonnée.

Le faubourg a été doté d’une enceinte propre dans le courant du 15e siècle. Elle était formée d’une muraille en galets et d’un fossé, au tracé et au profil assez irrégulier, correspondant sans doute à un ancien cours d’eau. Une tour de plan semi-circulaire complétait le dispositif défensif. Cette muraille pourrait avoir succédé à une palissade composée de poteaux très régulièrement espacés de 80 cm.

Une portion d’un ouvrage cité au 18e siècle sous l’appellation de « lunette dite Soutte », destiné à renforcer la jonction entre l’enceinte du faubourg et l’enceinte de la ville, a également été identifiée.

Le Faubourg

Si la muraille du faubourg est construite au 15e siècle, l’urbanisation du faubourg ne démarre véritablement qu’au 16e siècle. Une grande partie des vestiges de cette zone a été endommagée par la construction des bâtiments industriels au début du 20e siècle. Toutefois, deux bâtiments semi-enterrés étaient bien conservés. Dans le sol de l’un d’entre eux, plusieurs pots étaient enterrés dans une fosse : quatre pots fragmentaires, sans doute perturbés à l’occasion de chaque nouvel enfouissement, surmontés d’un exemplaire complet fermé par un couvercle. Ils pourraient avoir contenu le placenta d’un nouveau-né, une pratique bien documentée dans le Bade-Wurtemberg notamment.

Parmi les ouvrages annexes liés à l’habitat, un puits a été découvert. Doté d’un cuvelage en galets de plan circulaire, il était assis sur un châssis formé de quatre pièces de chêne assemblées à mi-bois et chevillées. L’analyse dendrochnologique de ces bois permettra de préciser la datation du puits qui perd sa fonction initiale au 16e siècle. Il est converti en latrines et/ou dépotoir comme le souligne la présence dans son comblement de biorestes (graines, coprolithes) et d’objets, en particulier en bois (boule de pétanque, assiette).

Une caserne transformée en établissement textile

À l’est, un vaste bâtiment semi-enterré et se poursuivant sous la rue dite Rempart Monseigneur Caspar a été observé. Il s’agit d’une caserne édifiée entre août 1816 et octobre 1817 pour accueillir des troupes d’occupation autrichiennes (capacité de 800 hommes).

La caserne est désertée par les troupes autrichiennes dès 1818, et est rapidement transformée en établissement textile, fonction qui perdurera jusqu’en 1968. De nombreux vestiges permettent de retracer l’évolution de cette usine de son installation à sa destruction.

Au milieu du 19e siècle, la manufacture fonctionnait à l’énergie hydraulique. Le canal des moulins alimentait une roue à aube qui permettait d’actionner les métiers à tisser. Afin d’augmenter la puissance hydraulique, un bief directement dérivé de l’Ehn se greffait sur le canal des moulins en amont du bâtiment. Ce premier bief qui prenait la forme d’un canal non maçonné délimité par une clôture de piquet et le mur du faubourg, a ensuite été maçonné et doté de plusieurs aménagements servant à la régulation de l’eau avant d’être comblé au début du 20e siècle.

Vers 1865, c’est une machine à vapeur, installée dans un nouveau local adossé à l’ancienne caserne, qui fournit l’énergie nécessaire au fonctionnement de l’établissement. Seul son socle  a été retrouvé, elle était associée à une cheminée dont la base octogonale en blocs de grès était encore visible. Un puits profond de 7 mètre complétait cette installation, il était sans doute destiné à l’alimentation de la chaudière. Durant la première moitié du 20e siècle, le local est converti en chaufferie.

D’autres vestiges ont trait directement au travail du textile comme des bassins rectangulaires installés à partir de 1840 et sans doute destinés à la teinture des étoffes. Le sous-sol de la caserne a quant à lui accueilli des bancs de tissage (?) vers 1900, comme le suggèrent les multiples cales en bois disposées dans le sol en béton et servant à leur ancrage : l’emplacement de 32 bancs peut ainsi être restitué.

Enfin plusieurs éléments renvoient à la vie quotidienne du patronat au 19e siècle. Les fondations d’une maison de maître édifiée au sud de l’établissement textile peu avant 1840 ont été partiellement observées. Dans l’angle nord-ouest de la fouille, au bord de l’Ehn, ce sont les vestiges d’un kiosque (un jardin d’été) de plan octogonal qui ont été mis au jour.

Quelques jalons historiques

  • 1347 : Première mention écrite du faubourg d’Obernai
  • 1465 : Première mention écrite de l’enceinte du faubourg
  • 1816-1817 : Construction de la caserne
  • 1825 ca : Transformation de la caserne en filature par la société Jacqueminot, Aubert et Cie
  • 1836 : Rachat de la filature par les frères Mohler (Adolphe reste seul à partir de 1840)
  • 1865 : Installation de deux machines à vapeur de 20 chevaux alimentées par chaudières
  • 1900 : Extension de l’usine avec la construction de nouveaux ateliers, couverts de sheds, le long de la rue des Coqs.
  • 1940 : Seconde extension de l’usine avec la construction d’ateliers couverts de sheds à l’ouest
  • 1968 : Fermeture de l’établissement textile
  • 1969 : Destruction de l’ancienne caserne et de bâtiments annexes
  • 1969 : Installation d’un supermarché Migros (par la suite Match) dans les ateliers non détruits
  • 2015 : Fermeture du supermarché Match suivi de la destruction des bâtiments couverts de sheds
  • 2017-2018 : Diagnostic archéologique et fouille archéologique préventive

Les fouilles archéologiques de l'ancien site Match

  • Le petit bâtiment carré, initialement ouvert sur ses quatre côtés, construit en pierres de tailles de grès rose, dont certaines à bossage. Il est accolé à un bassin préexistant (à droite de l’image).  B. Dottori © Inrap
    Le petit bâtiment carré, initialement ouvert sur ses quatre côtés, construit en pierres de tailles de grès rose, dont certaines à bossage. Il est accolé à un bassin préexistant (à droite de l’image). B. Dottori © Inrap
  • Le mur de fondation d’une tour flanquant le mur d’enceinte du faubourg. De plan semi-circulaire, elle était initialement ouverte à la gorge. A droite, un bloc chanfreiné marque le départ de l’élévation de la tour.  A.	Vuillemin © Archéologie Alsace
    Le mur de fondation d’une tour flanquant le mur d’enceinte du faubourg. De plan semi-circulaire, elle était initialement ouverte à la gorge. A droite, un bloc chanfreiné marque le départ de l’élévation de la tour. A. Vuillemin © Archéologie Alsace
  • Vue aérienne de la caserne convertie en filature. A gauche, le local de la salle des machines avec la base octogonale de la cheminée. Au-dessus, des bâtiments annexes édifiés sur le canal dit des moulins.  J. Plumereau © Archéologie Alsace
    Vue aérienne de la caserne convertie en filature. A gauche, le local de la salle des machines avec la base octogonale de la cheminée. Au-dessus, des bâtiments annexes édifiés sur le canal dit des moulins. J. Plumereau © Archéologie Alsace
  • « Manufacture de tissus en couleur A. Mohler et Fils », vue gravée de G. Bossert datée entre 1865 et 1872.  © BNUS NIM.32.149
    « Manufacture de tissus en couleur A. Mohler et Fils », vue gravée de G. Bossert datée entre 1865 et 1872. © BNUS NIM.32.149
  • Le sol en galets en cours de fouille d’une cave semi-enterrée datée du 16e – 17e s. C’est au pied du bloc faisant office de support de pilier (au centre de l’image) que se trouvait la fosse contenant les pots à placenta.  M. Higelin © Archéologie Alsace
    Le sol en galets en cours de fouille d’une cave semi-enterrée datée du 16e – 17e s. C’est au pied du bloc faisant office de support de pilier (au centre de l’image) que se trouvait la fosse contenant les pots à placenta. M. Higelin © Archéologie Alsace
  • La fosse contenant les pots à placenta vue en coupe.  B. Dottori © Inrap
    La fosse contenant les pots à placenta vue en coupe. B. Dottori © Inrap
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